Quotes By The Complete French Poems of Rainer Maria Rilke

“Dirait-on
Abandon entouré d'abandon,
tendresse touchant aux tendresses ...
C'est ton intérieur qui sans cesse
se caresse, dirait-on;

se caresse en soi-même,
par son propre reflet éclairé.
Ainsi tu inventes le thème
du Narcisse exaucé.”


“Contre qui, rose,
avez-vous adopté
ces épines?
Votre joie trop fine
vous a-t-elle forcée
de devenir cette chose
armée?

Mais de qui vous protège
cette arme exagérée?
Combien d’ennemis vous ai-je
enlevés
qui ne la craignaient point?
Au contraire, d’été en automne,
vous blessez les soins
qu’on vous donne.”


“De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.”


“La rose complète
J’ai une telle conscience de ton
être, rose complète,
que mon consentement te confond
avec mon cœur en fête.

Je te respire comme si tu étais,
rose, toute la vie,
et je me sens l’ami parfait
d’une telle amie.”


“Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu'on ne lira jamais. Livre-mage,
qui s'ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés ...,
dont les papillons sortent confus
d'avoir eu les mêmes idées.”


“C'est pourtant nous qui t'avons proposé
de remplir ton calice.
Enchantée de cet artifice,
ton abondance l'avait osé.

Tu étais assez riche, pour devenir cent fois toi-même
en une seule fleur;
c'est l'état de celui qui aime ...
Mais tu n'as pas pensé ailleurs.”


“Une rose seule, c'est toutes les roses
et celle-ci: l'irremplaçable,
le parfait, le souple vocable
encadré par le texte des choses.

Comment jamais dire sans elle
ce que furent nos espérances,
et les tendres intermittences,
dans la partance continuelle.”


“T'appuyant, fraîche claire
rose, contre mon oeil fermé -,
on dirait mille paupières
superposées
contre la mienne chaude.
Mille sommeils contre ma feinte
sous laquelle je rôde
dans l'odorant labyrinthe.”


“Rose, toute ardente et pourtant claire,
que l'on devrait nommer reliquaire
de Sainte-Rose ..., rose qui distribue
cette troublante odeur de sainte nue.

Rose plus jamais tentée, déconcertante
de son interne paix; ultime amante,
si loin d'Ève, de sa première alerte -,
rose qui infiniment possède la perte.”


“Préfères-tu, rose, être l'ardente compagne
de nos transports présents?
Est-ce les souvenir qui davantage te gagne
lorsqu'un bonheur se reprend?

Tant de fois je t'ai vue, heureuse et sèche,
- chaque pétale un linceul -
dans un coffret odorant, à côté d'une mèche,
ou dans un livre aimé qu'on relira seul.”


“Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans und glace
d'odeur.

Ton parfum entoure comme d'autres pétales
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t'étales,
prodigieuse actrice.”


“Ne parlons pas de toi. Tu es ineffable
selon ta nature.
D'autres fleurs ornent la table
que tu transfigures.

On te met dans un simple vase -,
voici que tout change:
c'est peut-être la même phrase,
mais chantée par un ange.”


“Tout ce qui nous émeut, tu le partages.
Mais ce qui t'arrive, nous l'ignorons.
Il faudrait être cent papillons
pour lire toutes tes pages.

Il y en a d'entre vous qui sont comme des dictionnaires;
ceux qui les cueillent
ont envie de faire relier toutes ces feuilles.
Moi, j'aime les roses épistolaires.”


“C'est toi qui prépares en toi
plus que toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ton ultime essence.
Ce qui sort de toi, ce troublant émoi,
c'est ta danse.

Chaque pétale consent
et fait dans le vent
quelques pas odorants
invisibles.

Ô musiques des yeux,
toute entourée d'eux,
tu deviens au milieu
intangible.”


“Est-ce en exemple que tu te proposes?
Peut-on se remplir comme les roses,
en multipliant sa subtile matière
qu'on avait faite pour ne rien faire?

Car ce n'est pas travailler que d'être
une rose, dirait-on.
Dieu, en regardant par la fenêtre,
fait la maison.”


“Dis-moi, rose, d'où vient
qu'en toi-même enclose,
ta lente essence impose
à cet espace en prose
tous ces transports aérien?

Combien de fois cet air
prétend que les choses le trouent,
ou, avec une moue,
il se montre amer.
Tandis qu'autour de ta chair,
rose, il fait la roue.”